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Une cause à défendre

Il faut être riche... ou chanceux!

La Presse, 28 mai 2000
NADINE FILION
collaboration spéciale
 

Si le gouvernement payait la fécondation in vitro (FIV), Francine Corbeil et André Gosselin n'auraient jamais eu à traverser - en vain - la difficile épreuve de l'insémination artificielle. "On l'aurait probablement déjà, notre bébé, s'indigne Francine. Ou bien on aurait tourné la page et commencé à envisager un autre plan de vie."

Au lieu de quoi, le couple s'octroie quelques mois de repos avant de passer à la coûteuse FIV. Quelques mois de repos où "on va penser à autre chose". "Après tout, déclare Francine, si ça n'a pas fonctionné avec toutes ces hormones, il n'y a pas grande chance pour que "ça parte" tout seul dans notre chambre à coucher!"

Francine a momentanément confié sa classe de primaire à une autre. "En théorie, je ne devais pas faire la rentrée 1999 parce que je devais être enceinte. Et je n'ai pas pu commencer l'année comme il faut, j'étais trop amochée. Je donnais une énergie que je ne possédais pas."

Un tabou

L'infertilité est, encore aujourd'hui, taboue. Les couples qui en souffrent en parlent à peine, à moins qu'ils ne déclarent tout simplement à leurs proches qu'ils ont choisi une vie sans enfant, sans expliquer pourquoi.

Si Francine et André ont décidé de faire le saut sur la scène publique, c'est d'abord pour faire comprendre à tous les "chanceux" - ceux qui réussi à fonder une famille sans obstacle - que l'infertilité peut déjouer bien des plans. Et défaire des couples moins solides que le leur.

"Pourtant, il n'y a pas de coupable là-dedans, mentionne Francine. C'est une maladie, il faut la soigner et on a ce qu'il faut pour le faire."

Le hic, c'est que ça coûte cher. "Jusqu'à présent, nous avons dépensé 2500$, souligne André. Et on n'en est pas encore à la fécondation in vitro..."

Le couple estime que s'il doit braver trois FIV avant de crier victoire, l'aventure lui aura coûté au bas mot 20 000$. Peut-être même plus. "Ce qu'un bébé peut coûter à nourrir, habiller, loger et soigner, nous l'aurons amplement déboursé avant même qu'il ne soit au monde!" lance Francine.

Ces déboursés, il faut les assumer sans aucune aide gouvernementale, si ce n'est un crédit d'impôt remboursable maximum de 3750$ (soit 25% des frais admissibles plafonnés à 15 000$).

Ces mesures ont été présentées au dernier budget Landry et sont les plus généreuses du Canada. "Le gouvernement propose les mêmes crédits d'impôt pour l'adoption internationale, pour laquelle l'argent sort du pays et ne crée aucun emploi chez nous" se révolte André.

"Je ne comprends pas, renchérit Francine. On paie pour les avortements; pourquoi n'aiderait-on pas les couples qui veulent avoir leurs propres enfants? Des enfants que nous chérirons - nous les aurons tellement désirés - , qui iront à l'école, travailleront un jour et auront d'autres enfants. Après ça, qu'on ne vienne plus me parler du taux de natalité au Québec..."

La province enregistrait en 1998 un taux de natalité de 1,4 enfant par couple, l'un des plus bas du monde occidental. Quelque 75 000 enfants sont nés cette année-là; selon certaines statistiques, il en aurait fallu 100 000 pour assurer notre avenir économique et social.

"Si jamais la FIV fonctionne pour nous, déclare André, nous comptons demander au gouvernement une exemption fiscale à vie correspondant à 75% du revenu pour le ou les enfants issus du processus. Si le gouvernement subventionne à 25%, il aura droit à 25% des profits. Non, mais, il faut être cohérent avec ses politiques!"

"Je rêve du jour où les enfants seront une véritable priorité dans notre société, soupire Francine. D'ici là, les enfants naîtront de couples chanceux... ou riches!"