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L'infertilité et nous

À l'heure où l'on parle du taux de natalité à la baisse dans notre pays et de mesures incitatives pour "nous repeupler", des problèmes d'enfants négligés et maltraités, des échecs scolaires etc., j'aimerais apporter un point de vue oublié : celui des couples vivant un problème de fertilité. Vous permettrez que je soumette cette situation en l'illustrant par ma propre expérience.

Mon conjoint et moi sommes tous deux enseignants. Nous désirons avoir un enfant "à nous" depuis déjà 3 ans. Nous avons patiemment laissé s'écouler la première année, puis nous avons commencé à nous questionner. Une deuxième année a passé, pendant laquelle nous avons subit une panoplie de tests : prises de sang et spermogrammes pour mon conjoint, prises de sang, cultures vaginales et du col de l'utérus, hystérosalpingographie et laparoscopie pour moi. Ces test indiquaient que tout allait bien, mais toujours pas de bébé! L'hiver dernier, nous entamions donc notre troisième année d'espoir. Référés à une clinique de fertilité privée (Procréa), nous commencions enfin l'étape des traitements… et nous en découvrions "la facture".

Après bientôt un an de traitements, voici les montants que nous avons déboursés :

Trois mois d'induction de l'ovulation par l'hormonothérapie :
Chaque mois :
5 comprimés de Clomid : 30$
 
Six mois d'insémination artificielle avec le sperme de mon conjoint : 1
Chaque mois :
10 comprimés de Sérophène (hormones): 60$
Tests d'ovulation : 50$
2 inséminations : 250$ (125$ chacune)

Après ces neuf mois d'hormonothérapie (dont six en double dose) 1, nous faisons une pause. La succession mensuelle d'espoirs et d'échecs devient de plus en plus difficile à vivre pour un couple, et l'instabilité émotive causée par les hormones est un facteur de stress important.

Cet été nous envisageons reprendre nos démarches. Nous serons arrivés à l'étape de la fécondation in vitro (F.I.V.). Nous ignorons encore si nous vivrons cette expérience une seule fois ou trois tel que recommandé par les médecins. Voici ce qui nous attend :

Étapes préalables à la démarche de F.I.V. :

Bilan sanguin et cultures vaginales : 75$
Anticorps antispermatozoïdes : 75$
Bilan sanguin et cultures dans le sperme : 75 $
Anticorps antispermatozoïdes dans le sperme : 75$
Analyse de sperme : 60$
Entrevue avec la psychologue : 90$
 
Hormones pour chaque essai de F.I.V.
(injections sous-cutanées et/ou intramusculaires quotidiennes):
 
Lupron : 205$
Pergonal ou Humegon: 1300$ (pour 25 ampoules)
Profasi : 60$
Progestérone : 35$

Fécondation in vitro: 4500$
(1000$ additionnels en cas de micro-injection)

Je vous laisse le soin de faire le total! Vous constaterez que ce qu'un bébé peut "coûter" à nourrir, habiller, loger, soigner etc., nous l'aurons déjà amplement déboursé avant même qu'il soit au monde!

D'un point de vue personnel, l'infertilité est une maladie qui bouleverse notre vie, nos visions d'avenir, notre besoin de nous accomplir comme couple dans la naissance et l'éducation de notre enfant. Les espoirs déçus, les peurs, les échecs et les deuils de chaque mois sont des poisons qui nous minent.

D'un point de vue social, l'infertilité est une maladie qui touche tout le monde. Je parle bien sûr de la croissance de la population, car 1 couple sur 12 2 vit des problèmes de fertilité. Mais, avant tout, je parle de ces couples désirant si ardemment un enfant qu'ils s'investissent dans les démarches que j'ai décrites. Ces couples ont vécu une expérience privilégiée. Ils ont véritablement désiré fonder une famille, ils se sont battus pour quelque chose que beaucoup d'autres ont trop facilement. Ces couples, indéniablement, feraient de très bons parents, unis par les difficultés vécues, prêts depuis longtemps à jouer leur rôle d'éducateurs.

Il est prouvé que les enfants longuement désirés deviennent des élèves performants et de bons "leaders" naturels car ils ont été stimulés, valorisés et encadrés à la maison. Si la société gagnait 1 couple de très bons parents sur 12, tout le visage du pays n'en serait-il pas transformé? Les couples vivant un problème de fertilité ne méritent-ils pas un support, tant moral que financier, dans leur démarche? N'y a-t-il de mesures facilitantes que pour les couples déjà fertiles? C'est un choix social à réviser. En France, ce choix est clair puisque l'état assume les frais de 4 fécondations in vitro.

Je rêve du jour où les enfants seront une véritable priorité pour notre société et que fonder une famille sera un projet de vie soutenu de façon tangible pour tous les couples le désirant vraiment. D'ici là, les enfants naîtrons de couples "chanceux" ou "riches"…

Francine Corbeil

 
 
1-
Nous avons fait, au total, sept tentives d'insémination artificielle. Une tentative supplémentaire s'est glissée entre les deux séries de trois.
Nous avons donc vécu dix mois d'hormonothérapie, dont sept en double dose.
(retour)
2-
Selon les dernières données, il s'agit d'un couple sur huit.
(retour)