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Une cause à défendre

L'infertilité
Quand l'État laisse tomber les couples
 
La Presse, 28 mai 2000
NADINE FILION
collaboration spéciale

L'infertilité, simple caprice de la nature? Pour Francine Corbeil et André Gosselin (...), il s'agit pourtant bel et bien d'une maladie. Et ils n'en peuvent plus d'entendre les gens leur suggérer, d'un ton parternaliste: "Bah, c'est psychologique, n'y pensez plus et ça va arriver tout seul!"

Francine a 29 ans. André en compte déjà 46. Tous deux sont enseignants. Après cinq ans de vie commune 1, quoi de plus normal que de songer à fonder une famille. C'était il y a quatre ans. Depuis, toujours pas de poupon qui s'éveille la nuit en quête de son biberon.

"Au début, confie Francine, c'était la pensée magique. Ça allait de soi que j'arrêtais la pilule et que je tombais enceinte. Tout était prévu, jusqu'au mois où Francine devait accoucher, renchérit André. Ce n'était pas plus énervant que ça."

Le couple venait de faire l'acquisition d'une belle résidence dans un quartier paisible (...) au nord de Montréal. À l'étage, outre la chambre des maîtres, se trouvent deux chambres d'enfants, toutes prêtes à accueillir deux, voire trois bambins.

Un mois passe, puis un autre. Et encore un autre. Toujours pas de grossesse. L'inquiétude commence à grandir. Une visite chez le gynécologue n'est guère rassurante: "On nous a dit qu'il fallait attendre un an avant d'enclencher une série de tests, de dire André. Un an avant de savoir si, oui ou non, nous avions un problème de fertilité."

L'année s'écoule au rythme des déceptions que le couple affronte chaque mois. Bien décidés à faire la lumière sur ce que ne tourne par rond, Francine et André s'adonnent aux prises de sang, examens de toutes sortes, laparoscopie pour la première et spermogramme pour le second.

Rien. Absolument rien d'anormal. Mais toujours pas de grossesse.

"Et nous qui, à chaque test, espérions que l'on trouve quelque chose, indique André. Parce qu'à ce moment-là, on aurait pu soigner le bobo! Personne n'aime se faire dire"on ne sait pas"...

Malheureusement, Francine et André font partie de cette petite cohorte de 5% à 10% de cas "inexpliqués".

Trois choix se sont alors offerts à eux: tourner la page et oublier à tout jamais l'idée de fonder une famille; adopter à l'étranger avec tout ce que cela comporte de frais et d'inconnues; ou encore entamer des démarches auprès d'une clinique de fertilité.

D'abord, l'insémination artificielle

En France, les couples souffrant d'infertilité bénéficient d'un maximum de quatre fécondations in vitro (FIV) au frais du gouvernement. Au Québec, où les avortements, les ligatures de trompes et les vasectomies sont pourtant rembournés, la FIV n'est pas inscrite à la liste des traitements couverts par l'assurance maladie. Et ce malgré le fait qu'un couple sur douze soit touché par des problèmes de fertilité.

Comme une FIV peut coûter jusqu'à 7500$, on opte d'abord pour l'hormonothérapie (trois mois), puis l'insémination artificielle (six mois), des techniques moins dispendieuses mais moins efficaces.

"Je piaffais d'impatience, se souvient Francine. Je savais que ça allait nous coûter des sous - environ 2500$ - mais au moins, on faisait, enfin, quelque chose."

C'était sans compter l'effet des doses massives d'hormones ingurgitées par Francine. "Je me sentais devenir comme l'incroyable Hulk. Je devenais hyper-émotive. Ça me prenais au ventre, physiquement. Et lorsque les menstruations revenaient, c'était le drame. Je devais me reconstruire à chaque mois."

"De mon côté, déclare André, je n'avais aucune emprise. Ça devenait frustrant. Tu as beau vouloir participer, ce n'est pas toi qui les prends, les hormones. Il faut juste, en attendant que ça passe, servir de punching bag, se laisser taper dedans."

L'enfer. "Mais toujours avec de l'espoir, souligne Francine. Ce n'est pas tuable, l'espoir! Même si plus ça va, plus on se sent naïfs d'être encore en train d'y croire."

Lors de notre entretien, le couple était heureux de nous informer qu'à la suite de la dernière insémination artificielle, les règles de madame ne s'étaient toujours pas déchenchées. Deux jours de retard qui signifiaient peut-être l'aboutissement d'un rêve.

C'était jusqu'à ce que Francine se lève, se rende à la salle de bains... et reprenne sa place auprès d'André, un petit sourire crispé au lèvres. "Ça ne sera pas pour cette fois non plus.", lui a-t-elle doucement soufflé à l'oreille.

 
1-
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